muséé précoloniale du rwanda

De l’époque pré coloniale au génocide : découverte de l’histoire du Rwanda

Il faut être honnête, de nombreux français connaissent le Rwanda avant tout pour son Histoire tragique. En effet, si on vous dit « Rwanda », vous pensez tout de suite « génocide« , « Hutus« , « Tutsis« … Et ce sont rarement des paysages qui vous viennent en tête ! C’est pour cette raison que jusqu’ici dans le récit de mon voyage au Rwanda, j’ai évité de trop évoquer le génocide rwandais, pour souligner avant tout les richesses humaines, écologiques et touristiques du Rwanda. Néanmoins quand on est sur place, il est impossible d’ignorer le génocide. Beaucoup d’éléments du Rwanda contemporain s’expliquent par ce drame. Ce pays est toujours en reconstruction et en recherche de pardon avec lui-même. C’est pourquoi aujourd’hui, il veut se relever et devenir un exemple pour l’Afrique. Ici loin d’être exhaustif, ce n’est pas mon métier, je vais surtout vous en raconter ce que j’ai retenu de la visite de deux des principaux musées du Rwanda et des échanges avec les Rwandais.

Le Musée d’histoire précoloniale ou King’s Palace Museum

Le musée d’histoire précoloniale est situé à Nyanza (1h30 au SO de Kigali). Cette ville a été la capitale de la monarchie rwandaise des tutsis jusqu’à 1959. La particularité de ce musée est que la visite se fait au travers des palais. Pour l’époque coloniale,  3 huttes traditionnelles ont été reconstruites, alors que pour l’époque contemporaine, il s’agit directement de l’ancien palais construit par le roi Mutare III en 1932.

La partie la plus intéressante est celle concernant l’époque pré coloniale. En effet, bien qu’il ne s’agisse que d’une reconstitution incomplète (3 huttes sur les 16 originelles), cela est beaucoup plus exotique et typique des anciennes constructions rwandaises. Ainsi, elles ont été construites en papyrus et en chaume.  L’intérêt de la visite provient également des guides rendant ce moment assez ludique en nous faisant respecter certaines coutumes et avec de nombreuses anecdotes. Ils n’hésitent pas à faire participer les visiteurs, notamment les enfants pour reconstituer des scènes traditionnelles. Par exemple un demi cercle rouge se trouve devant le hutte du Mwamis (rois). Il faut savoir qu’il était interdit de le franchir quand on voulait soumettre une requête au roi, qui se tenait à l’entrée de sa hutte avec deux gardes. La guide s’amuse ainsi dans un premier temps à nous faire croire qu’on ne pourra donc pas rentrer, puisque c’est interdit… avant de nous inviter à quitter nos chaussures pour pénétrer à l’intérieur.

Cette hutte est composée de plusieurs pièces : salon pour les hommes, une chambre pour les femmes du roi, la chambre du roi. On peut aussi y observer différents mobiliers de l’époque : panier, braséro pour se réchauffer, armes… Les 2 autres huttes étaient destinées à la suite du roi : l’une gardée par une jeune vierge chargée de garder le lait pour les femmes, et une autre par un jeune homme ayant pour rôle de stocker et goûter la bière. D’ailleurs la bière est une boisson importante au Rwanda. Il y en a différentes sortes : la bière de sorgho, l’hydromel ou la bière de banane. Cette dernière ressemblant plus un genre de vin de noix par sa fermentation. Il n’y a pas de gaz ni de mousse, et un degré d’alcool dépassant les 14°. De quoi passer quelques soirées arrosées !

La guide s’amuse a plusieurs reprise avec nous. Ainsi seulement la petite fille nous accompagnant pouvait rentrer dans la hutte destinée au stockage du lait dans un premier temps… Avant que la guide ose demander non sans humour s’il y a d’autres femmes vierges parmi les trentenaires m’accompagnant. Elle n’hésite pas à nous raconter des anecdotes très détaillées sur les nuits du rois. Par exemple, le lit du roi est en pente avec des petites rigoles se dirigeant vers la chambre des femmes. Ceci afin qu’elles puissent recueillir les fluides sexuels… L’ouverture sur la chambre des femmes permettant aussi au roi d’avoir des spectatrices l’encourageant durant ses ébats… Charmant tout cela !

Ensuite, ce village reconstitué est bordé par un enclos où se trouvent des vaches royales : l’Inyambo. Ses vaches brunes ont la particularité d’avoir des cornes d’une envergure très impressionnante. Ainsi pour la clôture, des poteaux verticaux suffisent. Il est inutile d’avoir des fils horizontaux entre eux. En effet, leurs cornes les empêchant de passer entre les poteaux. Ensuite, l’un des éleveurs en chantant a approché une vache de nous pour qu’on puisse mieux observer ses cornes. Un second enclos, beaucoup plus fermé, sert aux petits veaux puisqu’ils n’ont pas encore de cornes.

Enfin, la visite du musée se termine par le palais de Mutare III. Pour nous, cela s’apparente plus à une villa. Dans laquelle, il faut enlever nos chaussures à nouveau. On peut y admirer quelques motifs traditionnels. Mais malheureusement le mobilier a été volé lors du génocide. L’intérêt principal de ce palais est en réalité les différentes photos d’époque accrochées aux murs. La guide s’appuyant dessus pour nous raconter l’époque pré coloniale (avec des photos du roi devant sa hutte notamment, entouré des membres de la tribu), l’arrivée des explorateurs du XIXe siècle à la recherche de la source du Nil ou de l’arrivée des colons.

Le mémorial du génocide rwandais : récit du drame et de l’apprentissage du pardon

Après la visite de ce premier musée, nous avons pu découvrir la suite de l’histoire rwandaise en nous rendant au mémorial du génocide rwandais à Kigali. Ce lieu est très important pour les Rwandais. Ainsi, les gens ne voulaient pas que nous quittions le pays sans nous y être rendu. Par conséquent, c’est la dernière activité que nous avons effectuée avant de reprendre l’avion. Ce lieu est très important pour eux car il s’agit à la fois d’un musée gratuit à la scénographie très moderne, en plusieurs langues. Le message est très détaillé avec beaucoup d’images et de vidéos, de documents d’époque, des œuvres d’art et des citations invitant au recueillement et à la réflexion entre les différentes salles… Mais ce musée est en même temps un véritable mémorial puisqu’à l’extérieur les jardins s’organisent autour de grandes fosses communes. Chacune accueillant 100 000 dépouilles. C’est là qu’on prend vraiment la dimension de l’événement.

Un événement que le musée présente de manière exhaustive et sans aucune concession. On apprend que depuis le XVe siècle, les Tutsis bien que ne représentant que 10% de la population sont au pouvoir, dirigeant ainsi les Hutus. Cette distinction étonnamment est plus socio-professionnelle à l’origine qu’ethnique ou culturelle. En effet, ils parlent la même langue, pratique la même religion…  Et le changement de statut n’est pas impossible car les femmes en changent en ce mariant. Il est ainsi de plus en plus retenu que la différence est née des métiers de chacun : les Hutus étant agriculteurs, les Tutsis éleveurs et les Twas (1 à 2% de la population) cueilleurs, artisans et ouvriers. Toutefois les colons belges ont essayé d’exacerber l’opposition entre les groupes. Allant jusqu’à faire une étude de la morphologie crânienne pour justifier que les Tutsis avaient de plus grands cerveaux et qu’il était donc normal qu’ils soient au pouvoir. Les colons ont également fait inscrire pour la première fois, la notion de Hutus, Tutsis ou Twas sur les papiers d’identité. Un distinction qui a perduré après l’indépendance du pays en 1962. En effet, peu de temps avant de quitter le pays, les colons belges ont changé d’avis en décidant de mettre au pouvoir les Hutus, représentant la majorité de la population. A partir de là, de nombreux Tutsis sont partis se réfugier dans les pays voisins. Pendant 30 ans, des massacres ont lieu des 2 côtés : Tutsis au Rwanda, Hutus au Burundi par exemple… Ainsi les troupes tutsis restent à la frontière du pays, en espérant un jour reprendre le pouvoir.

Ce qui va déclencher le génocide, c’est l’attentat des présidents rwandais et burundais le 6 avril 1994. Leur avion étant abattu par un missile alors qu’il allait se poser à Kigali. A partir de là, les troupes aux frontières vont faire marche vers la capitale. Pendant ce temps, la population poussée par la radio de Milles Collines au cri de « Tuez les tous ! », débute le massacre des Tutsis. D’avril à juillet 1994, 800 000 personnes seront assassinées.

Le musée retracent donc tous ses évènements tragiques. Même s’il est indispensable de visiter ce lieu si vous vous rendez au Rwanda, il faudra vraiment vous préparer à faire face à l’horreur. Prendre conscience de l’atrocité dont l’Homme est périodiquement capable est très certainement essentiel dans une vie. Les images d’horreur ne sont pas filtrées. La scénographie n’est pas là pour épargner le visiteur : vous entendrez des témoignages de rescapés, vous verrez des gens faire la queue dans un stade de foot pour être égorgés chacun leur tour, des charniers… En effet, il ne faut pas oublier que ce génocide est encore tout proche de nous et qu’il a été filmé en couleur. Ceci a tendance à faire prendre conscience que ce drame n’est pas si lointain et qu’à tout moment cela pourrait arriver de nouveau, ici et plus certainement ailleurs.

Mon propos est vraiment un bref résumé. Il n’évoque pas tous les événements, pas toutes les causes, pas tous les intervenants (notamment le rôle trouble de la France)… Mais pour cela de nombreux documentaires sont disponibles sur You Tube et seront bien plus précis que moi. J’ai notamment pu voir un reportage de Sonia Rolland intitulé « Rwanda, du chaos au miracle » qui a le mérite de parler du génocide mais aussi de l’après génocide. Il nous informe sur la reconstruction du pays et les orientations choisies pour assurer son développement.

Du pardon au développement du pays

Ce documentaire et le musée nous informent de la manière dont le nouveau gouvernement post génocide a décidé de reconstruire le pays. Il est certain que le devoir de mémoire est primordial, mais le pardon et la réconciliation le sont sûrement bien plus. Il a fallu beaucoup de courage et de volonté de la part des Rwandais eux-mêmes pour réinventer un vivre-ensemble. En effet, des rescapés racontent comment du jour au lendemain, leurs voisins étant pour eux comme des oncles et des tantes ont massacré leur famille… et comment des années plus tard, ils vivent à nouveau à leur côté.

Le pouvoir en place à tenter de montrer l’exemple. En effet, les premiers efforts se sont déjà fait politiquement en évitant tout désir de vengeance. Ainsi, le gouvernement en place après le génocide associe Hutus et Tutsis. Ensuite tout a été fait pour sécuriser le pays, éduquer la population et le développer économiquement. L’une des premiers décisions allant dans le sens de la réconciliation est la mise en place de tribunaux populaires : les Gacaca. Il s’agit du retour à un ancien système. Les juges sont élus localement par la communauté. Les jugements des génocidaires se font sur la place du village, devant tout le monde. Les accusés devant se repentir et accepter de vivre dans la communauté. Les accusés devaient avouer les événements face aux familles, afin de les aider à pardonner. La plupart des accusés n’étant pas systématiquement punis ou seulement condamné à exercer des tâches communautaires. 1,2 millions de jugement auront lieu ainsi !

De nombreuses lois ont promulguées l’égalité entre Rwandais et la suppression de toutes les discriminations. Le but ici est avant tout de redéfinir une identité rwandaise en éduquant les Rwandais à l’Histoire de leur pays, en dehors du filtre des ethnies.

Le Rwanda a voulu se relever en étant un exemple pour l’Afrique. Ainsi, le Rwanda grâce à de nombreux programme d’éducation a un taux d’alphabétisation de 70%. Le nouveau système scolaire privilégie le système anglo-saxon. Les jeunes rwandais parlent donc plus aisément l’anglais que le français, en plus du kinyarwanda. A l’inverse de leurs ainés. Économiquement, le Rwanda a pour ambition de devenir le « Singapour africain ». Ainsi, de nombreux partenariats sont mis en place pour que les Rwandais puissent aller se former dans les universités asiatiques. La plupart des amis du marié avait ainsi fait des études en marketing, technologie… à l’étranger avant de revenir vivre au Rwanda.

Enfin, l’un des grands axes de développement pour le Rwanda est le tourisme. Comme vous l’avez vu tout au long de mes différents articles, il y a donc un véritable potentiel ! A la fois concernant la nature et la géographie du pays, mais aussi sa culture et son histoire. Pour le moment, il s’agit avant tout d’un tourisme plutôt aisé et d’un tourisme d’affaire. L’entrée des parcs étant souvent chère. Mais pour les plus aventuriers comme nous, il est toujours possible de se loger facilement dans des hôtels de moindre standing. Par exemple, nous avons fait certaines nuits dans des couvents. Il n’y a pas besoin d’être croyant, les voyageurs sont accueillis sans soucis comme dans un hôtel normal. Ainsi pour 8-12€, vous pourrez avoir une chambre double pour deux personnes avec nuit et diner, ou nuit et petit déjeuner. Ainsi, le logement et l’alimentation (moins de 2€ pour un buffet au restaurant) étant très bon marché, il est facilement possible de se financer un tel voyage ! Encore une fois, j’espère vous avoir convaincu que ce pays mérite vraiment de s’y rendre ! D’autant plus qu’il est toujours plus agréable de visiter un magnifique pays avant qu’il ne soit envahi par le tourisme justement !

PS : des jeunes femmes me demandent très souvent si le pays est sécurisé pour une femme seule. La réponse est oui ! Le Rwanda est l’un des pays les plus sûrs d’Afrique.

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Mickaël Jacinto
contact@travelsandfriends.com

Voyageur régulier souhaitant partager avec vous les images et récits de ses aventures aux 4 coins du monde !

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